Page : 8

 

 

Pour remonter la pente mais simplement de quelqu’un avec qui je dialogue. Sans forcement parler de mes problèmes car de toutes façons ce n’est pas trop dans ma nature. Bien sur présentement je les écris mais cela me semble différent car j’ai la sensation de moins imposer mes plaintes. Je pense également que la société accepte mal les gens qui se plaignent souvent ; je précise que ce n’est pas trop mon cas. Loin de moi l’idée de penser que je suis mieux mais il est vrai que cela ne ma dérange pas trop et que si je peux aider la personne c’est encore mieux. Certaines de mes connaissances me trouvent courageux de ne pas me plaindre plus. J’avoue que je ne me trouve pas courageux, car cette qualité n’existe que dans la mesure ou l’on surmonte sa peur ou ses angoisses. Je ne pense pas avoir cette qualité car je ne lutte pas contre cela en tout cas. Lorsque les personnes me demandent si je vais bien je réponds sincèrement par l’affirmative ; par contre si la personne me demande où j’en suis dans mes aventures je me confie alors un peu plus. Je reconnais que cela fait du bien de dialoguer et que je ne le fais pas assez car bien que cela ne soit pas un de mes traits de caractère je ne désire pas démoraliser ou embêter mes proches pour ne pas leur imposer des problèmes supplémentaires. L’affection à ses limites et occasionnant suffisamment de problème de par mon handicap je ne veux en créer d’avantage avec mes jérémiades.

        Bon je vous confie tout ça pour vous dire que suite à cet état d’esprit j’ai décidé d’écrire à mon chirurgien. Ma décision d’écrire cette lettre à été difficile mais me voyant dans une impasse c’est la meilleure solution qui m’est venue à l’esprit. Je déchiffrais sans arrêt ce logigramme médical et n’y voyais que deux possibilités : patte raide ou amputation. Une fois cette lettre écrite je me décidais à la faire lire à ma kiné Aude puis au docteur Anne Christine B. Toutes deux furent indulgentes et me dirent de l’envoyer. Le docteur demanda même à un de ses confrères du Coteau le docteur H.B. qui me conseilla d’en envoyer une lettre également au professeur JUDET. Vers le 10 mai j’envoyais mes deux lettres à l’hôpital aujourd’hui nous sommes le 29 mai et je n’ai toujours pas de réponse.

        Je suis retourné à mon centre de rééducation et j’en ai profité pour remercier Aude et Anne Christine B. bien sûr mais également le docteur H.B. Il m’a juste demandé si j’avais mis cette lettre en forme et je lui ai répondu que j’avais fait le maximum mais que je ne pouvais mieux faire. J’ai l’impression que je serais toujours plus en forme que mes écrits, c’est pour dire quel écrivain je suis. Cette lettre vous pouvez la lire en annexe ; je ne pense pas qu’elle soit méchante et en tout cas cela n’a pas été dans mes intentions. Même si j’ai tenu à faire quelques mises au point.

        Je parle notamment de mon passé sportif sans m’étaler sur le sujet je voudrais qu’on sache que j’étais conscient de mon bonheur et également de sa fragilité. C’est pourquoi tous les jours j’étais heureux de me lever et simplement de vivre normalement.   

        01/06/06 Aujourd’hui je suis allé aux Coteaux comme tout les jeudi, excepté la semaine dernière car ma kiné Aude était absente. Ce n’est pas la première fois que je manque une séance de kiné mais c’est la première ou j’ai senti que cela m’avait manqué. Ce qui m’a fait défaut ce n’est pas la séance de kiné par elle-même mais le dialogue que je peux avoir avec Aude et le docteur Anne Christine B. Particulièrement aujourd’hui ou la discussion à été éprouvante mais peut être constructive. Après qu’elle m’ai demandé comment j’allais je lui es confié mes états d’âmes. Je lui es dit que je pensais devenir fou car depuis l’envoi de ma lettre au chirurgien et professeur je n’ai pas de réponse. Est ce par manque de temps, par indifférence ou lâcheté ? D’autant que le docteur des Coteaux a appelé mon chirurgien, et celui-ci lui aurait annoncé qu’il m’appellerait pour faire le point avant le prochain rendez-vous du 19/06/06. Donc depuis cette non-réponse j’ai des « somnies » de trois heures ce qui me permet de réfléchir le reste du temps. La réflexion n’est pas anormale en soi même si dans mon cas elle augmente avec l’âge et surtout l’oisiveté. Elle me devient gênante car je la pratique à voix haute, et je me surprends de plus en plus à parler seul. J’ai tenté de reprendre des activités comme la lecture ou la guitare, mais j’entreprends et ne finis pas par lassitude et démotivation. Je m’aperçois qu’à trop regarder les informations nationales cela ne m’aide pas non plus, vu le peu de bonnes nouvelles. Avant mon accident je me défoulais dans le sport, le karaté, maintenant que je n’ai plus cet exutoire cela me pèse et j’intériorise. Mais je sens que petit à petit je me rapproche de l’implosion et peut-être de la folie. Enfin pour l’instant j’ai le moral car je n’ai pas eu le « chikungugnia » ni la grippe aviaire.

        Suite à ces propos  Aude me suggère gentiment des somnifères mais je décline cette proposition car cela me provoquent des cauchemars et de plus mes insomnies ne m’embêtent pas au point de prendre des cachets. Elle me répond que l’on peut changer de remède (elle est bien ma kiné hein ?). Ensuite elle me propose de voir un psychiatre, j’évoque le fait que je l’aie déjà fait et j’avoue ne pas en voir l’utilité. Elle argumente qu’il pourra m’aider à faire ressortir mon mal être accumulé depuis l’accident ; et que de plus il saurait m’accompagner vers une prise de décision. Pour ma kiné je me dois de réaliser le deuil de mes activités passées et prendre conscience que ma vie sera différente. Il y a peu d’espoir d’avoir d’autres choix que la jambe raide ou l’amputation et peu d’espoir que l’on prenne la décision à ma place. Je l’admire pour la façon dont elle me présente les choses et je serais presque convaincu si au fond de moi un petit espoir ne subsistait pas. Je m’imagine avec une prothèse de genou et refaisant du ski. J’ai bien souvent fonctionné à l’instinct et cette petite flamme d’espoir chasse l’amputation de mon esprit. Mais peut être qu’inconsciemment cela m’arrange ? Et puis peut être suis-je  trop lâche pour prendre une si grande décision. J’en arrive même à occulter l’idée d’une jambe raide car je ne me vois pas marchant comme un pingouin. Je suis probablement handicapé à vie mais je n’arrive pas à me projeter encore moins à me voir dans ma vie future. J’ai la désagréable sensation d’être dans une impasse.

        Aude me soumet ensuite l’idée de reprendre le travail dans quelques mois si la consolidation s’est faite. Bien entendu se serait sans fixateur mais avec ma jambe non rallongée ; donc tennis avec semelle de 13 centimètres. Cela pense t elle, serait bénéfique pour moi moralement parlant. Je vais vous sembler de mauvaise volonté probablement mais je ne me vois pas reprendre temporairement mon travail dans ses conditions. D’une part j’ai 500 mètres semés de tripodes et de barrières avant d’accéder à mon poste de travail et d’autres part je ne sais pas si je pourrais supporter les regards de mes collègues. Je me sens capable de tenir encore quelques temps qui plus est si prothèse de genou il y a.

        Elle me confie alors que mon nouveau chirurgien a émis le même souhait auprès du docteur Anne Christine B. Et je me souviens à présent que le docteur LEYMARIE m’avait suggéré la même chose, en me disant que cela me permettrais de souffler. Je lui avais répondu que je ne soufflerais que lorsque tout cela serait terminé. De plus j’avais argumenté en évoquant que l’assurance ne me donnerait aucun sous si je n’avais pas le certificat de consolidation. Et donc ce « souffle » ne faisait que le repousser. Il y avait également le problème du demi-salaire.

        En clair si l’espoir instinctif mais semble t-il très hypothétique d’une prothèse de genou est à proscrire je me trouverais devant deux choix. La jambe raide est avantageuse que dans la mesure ou la médecine peut progresser et autre avantage important c’est ma jambe et je la garde. A propos de l’évolution de la médecine mon épouse a entendu, il y a quelques jours à la radio, qu’un traitement pour les staphylocoques avait été découvert ; comme quoi !  L’inconvénient de la jambe raide est que cela se voit dans la démarche et de plus les conséquences sur la colonne vertébrale ne sont pas négligeables. Les activités sportives et autres sont limitées. Pour monter dans les véhicules c’est beaucoup plus difficile.

        L’amputation  m’oblige à faire le deuil de ma jambe ; il y a l’histoire du membre fantôme. A ce propos Aude me suggère que l’on peut prendre des calmants d’autres part ayant l’habitude des amputés peu sont ceux qui se plaignent de ses douleurs. J’ai entendu une théorie qui précise qu’une amputation faite au niveau de l’articulation ne génère pas de douleurs. A l’opposé bien sûr si elle se situe au milieu d’un os cela devient douloureux. Je ne sais qu’en penser d’autant que je ne sais pas à quel niveau la mienne serait faite. Lorsqu’on a une prothèse il faut éviter d’avoir des changements de poids car celle-ci peut suivant cas devenir trop petite ou trop grande. Il faut également avoir des béquilles pour prendre sa douche ou pour aller à la piscine car apparemment les prothèses ne se mouillent pas.

 

 

 

 

 

JAMBE RAIDE

Note

AMPUTATION

Note

Cinéma

Très difficile

0.5

OUI

1

Douche

OUI

1

Très difficile

0.5

Car

Très difficile

0.5

OUI

1

Voiture

Très difficile

0.5

OUI

1

Vélo

Très difficile

0.5

OUI

1

Moto

Très difficile

0.5

OUI

1

Ski

NON

0

Très difficile

0.5

Natation

Très difficile

0.5

Très difficile

0.5

Golf

NON

0

OUI

1

Marche

Très difficile

0.5

OUI

1

Escalier

Très difficile

0.5

OUI

1

NOTE TOTALE

 

5/11

 

 

        J’ai réalisé ce petit tableau car je trouve qu’il est plus parlant, malheureusement il avantage nettement l’amputation. Je crois que je vais écouter les sages conseils d’Aude et jeudi prochain je solliciterais un psychiatre auprès de mon docteur des Coteaux.

        Nous sommes le 02/06/06 il est environ 14h00 et je m’assoupis devant ma télé car je n’es dormi que deux heures cette nuit. Le téléphone sonne et je mets quelques minutes à répondre. Je suis encore endormi lorsque mon interlocuteur se présente. « Oui je suis Thierry JUDET j’ai lu votre lettre avec attention » Je commence à émerger de ma léthargie et ne suis pas surpris d’avoir à faire à un ton respectueux, calme et humain. Cela correspond en effet à l’impression visuelle que ce professeur m’avait fait. Il m’annonce qu’il ne peut répondre à mes nombreuses questions car il semble que la consolidation soit bien partie. Il survole le sujet de l’amputation en dénonçant son mauvais emplacement. Comme il parle beaucoup et que je ne suis pas toujours bien réveillé je ne l’interromps pas. D’autant qu’ayant attendu longtemps cette réponse je désire plus que  tout le laisser parler dans un premier temps. Il aborde de manière diplomatique mon moral et il comprend tout à fait mon mal être évoquant au passage mon passé de « grand sportif »(sic) . Il effleure la possibilité d’une aide extérieure en sous-entendant je suppose un psychiatre. A cet instant je sens qu’il essaie de me ménager et je me permets de lui couper la parole pour prononcer le mot quasi-tabou (pour certain) PSYCHIATRE. J’aurais pu à ce moment appuyer sur le "buzzer" car en effet il s’agissait du bon mot. Cela faisait un moment que je n’avais rien gagné. Bref, il me parle du docteur TOREAU psychiatre de Garches  celui en fait avec qui j’avais dialogué. Lui annonçant que j’avais apprécié sa consultation il se met à plaisanter en le décrivant comme compétent et spécialiste passionné d’étymologie.        J’entends le rire de Monsieur JUDET dans le combiné et cela me fait chaud au cœur. Et il rajoute que je peux à nouveau le consulter si je le désire. Cela ne fait qu’appuyer la suggestion d’Aude ma kiné et confirmer ma décision. On peut se demander tout de même en plaisantant s’ils ne se téléphonent pas entre eux ? Il termine sur ce sujet en me demandant de tenir quelques mois encore abordant et comprenant ma future situation financière. Pour ce faire il met en balance l’importance de sauver ma jambe.

        Il me parle du passage de ma lettre ou j’évoque un docteur sans le nommer car il ne se présente pas. Je connais parfaitement l’identité de cet homme attendu qu’ils ne sont que deux à être professeur dans ce service. Bien sûr le professeur JUDET sans aucun détour nomme cet homme mais ne m’en fait que des propos élogieux. Il reconnaît qu’il n’est pas toujours d’accord avec lui concernant ses réactions mais qu’il s’agit d’un très grand professionnel de niveau quasi-national et qu’il lui confierait sa jambe sans hésiter. Il m’avoue que ce professeur se dit « factuel » . Je me permets de dire que la compétence et la diplomatie ne sont pas incompatibles et je n’ose pas lui dire qu’il en est une preuve mais je le pense.

         Le professeur me parle de champagne lors de ma guérison définitive, je lui dis alors que c’est moi qui lui emmènerais. Je le remercie pour son appel et là toujours très humain il s’excuse presque en m’avouant qu’il voulait m’appeler plutôt mais la ré étude de mon dossier lui a pris un peu de temps. Il me dit également gentiment que mon dossier est tellement volumineux qu’il prend tout son bureau.

        Voilà j’ai une réponse à ma lettre. Non pas les réponses que j’attendais mais bon je vais me motiver temporairement pour les oublier et solliciter l’aide d’un psychiatre. Même si je ne suis pas convaincu de cette aide je me dis que cela ne peux pas me faire de mal tant que je ne prends pas de cachets. En plus cela m’évitera de risqué d’ennuyer les amis et amies avec mes soucis au cas ou je serais tenté. J’essaie de me convaincre de me confier à ce psy en me disant qu’il est rémunéré pour cet acte et que peut être son aide me sera utile.

        Je pense en fait, qu’ayant espéré un signe de l’hôpital un peu trop longtemps je n’y croyais plus. J’avais fini par me faire une raison et d’ailleurs la première semaine je ne me séparais jamais de la lettre que je leur avais envoyée ainsi que d’un stylo. Ainsi j’étais toujours prêt à répondre au téléphone qui étais dans ma poche et noté les réponses à mes questions. Il faut que je précise que si je n’ai pas ces éléments sur moi une fois au téléphone je ne peux pratiquement pas me déplacer avec des béquilles. En plus avec ce moyen de locomotion dont les suspensions me rappellent des douleurs je galope comme….une tortue ; et oui on n’y revient ! Donc après deux semaines je n’étais pas surpris mais un peu déçu.