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Je me rends quelques jours à ma première leçon de conduite. Je réitère ma question concernant l’équipement du véhicule et là « resurprise » : on me renvoie ma question. C’est à moi de choisir le type de véhicule. Je prends la décision de conduire un véhicule à boite automatique et pédale d’accélérateur à gauche. J’ai beaucoup de chance car il dispose de ce genre véhicule et nous voilà donc parti en plein centre ville à l’heure où sortent les collégiens. Cela faisait plus d’un an que je n’avais pas conduit de plus la difficulté de ce genre d’adaptation est que l’on freine avec le pied gauche. Cette jambe me servait avant pour débrayer, ce qui nécessite une certaine force dans l’appui. Ce réflexe devient gênant quand vous freinez de la même manière car cela vous fais piler. Au bout d’une heure de conduite cela allait beaucoup mieux mais je pensais qu’il me fallait encore deux ou trois leçons de perfectionnement. Je m’inscrivis donc pour une deuxième leçon.

        Trois jours plus tard le 28/09/04 je reçus un appel téléphonique de la dame de l’auto école. Elle m’annonçait que je passais mon permis le lendemain. Je lui rappelais que mes leçons n’étaient pas finies mais à priori cela n’était pas grave. Le lendemain Roland mon voisin m’emmène passer mon examen où je me rends en fait décontracté pensant que je ne l’aurais pas. Un jeune inspecteur accompagné d’un autre prennent place à bord du véhicule que je dois conduire. Le jeune inspecteur m’informe que ma maîtrise du véhicule adapté sera leur critère de jugement. Le respect du code de la route n’est pas vraiment pris en compte. Ceci dit je vais essayer de ne pas me faire retirer un permis que je n’ai plus ce serait un comble. Fort de ses informations je commence à rouler ; le jeune inspecteur me rappelle gentiment que j’ai des rétros et que mes mains doivent être à 10h10 sur le volant ; il est vrai que par moment je perdais une aiguille… Après une heure de conduite nous revenons au point de départ pensant que l’examen est terminé je m’apprête à descendre du véhicule, mais …. L’inspecteur me demande d’effectuer une marche arrière afin de me garer entre deux véhicules. Alors je m’exécute mais le peu de tension que j’avais est définitivement parti et je suis un peu trop décontracté et moins concentré. Aussi je ne sais pas pourquoi mon pied appuie fortement sur l’accélérateur et ma manœuvre de conduite est très rapide et mon freinage un peu puissant. Le véhicule une fois stoppé je regarde le visage de l’inspecteur qui reste impassible, probablement en a-t-il vu d’autres. Je me dis alors que je reviendrais mais ce gentil inspecteur m’annonce que j’ai passé ma régularisation avec succès. On me demande mon permis de conduire pour que la préfecture puisse y imprimer au dos le genre de véhicule adapté que je peux conduire.

        Un petit mois après avoir reçu mon permis de conduire ; j’avais en attendant un papier provisoire, je me mets en quête de chercher une voiture dans laquelle ma jambe raide rentre. Au préalable j’avais une FIAT panda et malgré le siège avant reculé au maximum je ne rentrais pas. Ni en tant que passager ni bien sûr en tant que conducteur. De plus il me faut trouver un véhicule dont les sièges se règlent en hauteur car ma jambe étant tendue mon pied bute sous le tableau de bord. Nous trouvons non sans avoir essayé beaucoup de véhicules une twingo. Nous l’achetons par obligation neuve car il me faut une boite automatique. Il me faut à présent la faire aménager avec une pédale d’accélérateur à gauche. J’apprends que pour faire ce genre de modification sur un véhicule il faut que le garagiste soit agréé. Je finis par trouver difficilement la perle rare à une heure de distance de chez moi ; près de Tours. Ne pouvant emmener le véhicule je confie cette tâche au commercial à qui j’ai acheté le véhicule. Le véhicule n’étant pas amené sur un camion plateau je récupère ma voiture théoriquement neuve avec 150 kms au compteur. Je suis tout de même très satisfait de pouvoir conduire à nouveau et ainsi de retrouver une autonomie.

        Il faut dire que le soir j’allais chercher mes petits à l’école cela me faisait à peu près aller et retour deux kilomètres. La distance n’était pas bien grande quoiqu’en béquillant cela soit un peu sportif. Mais la fin de l’été annonçait plus de pluie et plus tard des risques de gelée. Et il faut reconnaître que l’eau et la glace ne s’entendent pas trop bien avec des béquilles. C’est donc avec une automobile presque neuve que dorénavant je suis aller chercher mes écoliers.

        Au tout début malgré ma grande prudence j’ai frôlé la catastrophe. J’arrivais à un STOP situé en haut d’une côte. Je cesse d’accélérer et ma voiture commence légèrement à redescendre.  Je désire donc freiner en décalant mon pied gauche vers la pédale de frein situé à droite et un peu plus en hauteur. Malheureusement je ne sens pas que mon pied bute sur le côté gauche de la pédale de frein. Pensant que mon pied repose dessus (je ne suis pas trop habitué encore) j’appuie doucement et bien sûr comme je suis sur l’accélérateur j’avance au lieu de m’arrêter. Une voiture que j’avais vu arrive sur ma gauche et moi je brûle le panneau STOP. En une fraction de seconde je me dis c’est l’accident. Mais malgré ma panique j’arrive je ne sais comment à tourner brusquement à droite (ça tombe bien c’est là où je voulais aller). Je continue à braquer, je monte sur le trottoir et me retrouve sur le parking d’un super marché heureusement presque désert. Je n’arrive toujours pas à cause de la panique à remettre mon pied sur le frein et je contrôle mal mon véhicule. J’avais toujours envisagé même avant mon accident que si ma pédale de frein un jour se coinçait (par un objet par exemple) je me servirais du frein à main. J’aurais pu dans ce cas précis appliquer cette méthode si les événements m’avaient laissé le temps d’y penser. Ma pauvre twingo presque neuve continuait à effectuer des bonds de grenouille, car je tentais toujours de freiner mais mon pied refusait de monter sur la pédale de frein et continuait d’accélérer ! Après deux ou trois bonds en ligne droite pensant que c’était moins dangereux je pus regarder mes pieds. N’ayant pas trop eu le temps pendant ces dernières minutes je compris mon erreur et en levant plus haut mon pied gauche je le décalais et pu immobiliser mon véhicule.

        En parallèle de ma conduite l’autre voiture avait fait un écart sur la gauche pour m’éviter. Cette jeune femme accompagnée d’une dame et de son bébé eut un superbe réflexe en m’évitant. Une fois celui- ci réalisé elle se remit à droite et se gara rapidement sur le trottoir. Cela faisait quelques temps que son véhicule était à l’arrêt alors que le mien continuait à faire le kangourou. Je présume qu’elle pensait que je m’enfuyais.

        De mon coté une fois mon véhiculé arrêté je descendis de mon véhicule et me dirigeais vers la jeune dame. On peut aisément la comprendre, elle me cria  des noms d’oiseaux que je ne connaissais pas. Puis une fois sa peur exultée elle commença à me présenter ses excuses. J’avais à faire à une conductrice choquée mais intelligente. Je lui expliquais qu’ elle avait raison de m’en vouloir et que j’étais désolé. Je croix que je m’en serais voulu toute ma vie de faire du mal à cette famille. J’ai eu beaucoup de chance car je n’ai blessé personne et il n’y a eu aucun dégât matériel.

        06/10/04 Au mois d’octobre je me rends à Garches pour une radio et une consultation avec le docteur MARTIN. Il m’annonce que l’évolution est un peu lente. Il dévisse un peu mon fixateur externe de la jambe gauche.  Il pense que l’appui dont je dispose sera plus réparti sur mon fémur que sur le fixateur. Ainsi la consolidation  sera favorisée. Je dois appuyer à 30% au début puis si la douleur le permet jusqu’à 50%. Le docteur me donne rendez-vous le 01/12/04 avec un autre chirurgien ; en théorie il ne reste que deux ans chef de clinique. En pratique ils changent tous les six mois puisque aujourd’hui c’est le cinquième en deux ans et demi. 

 Au prochain rendez-vous si la radio est bonne une consultation sera prévue courant janvier afin d’enlever le fixateur sans anesthésie. Ce fixateur est composé de huit fiches de diamètre d’un gros stylo traversant la peau et l’os ; on me dit que j’aurai un peu de morphine pour calmer la douleur. Une fois cela fait je porterais une attelle pour me maintenir la jambe, et ce pendant un an.

        11/10/04 Suite à mon œdème postopératoire sous le plâtre je dois aller consulter un spécialiste. Il s’agit du docteur CORLOBE qui réalise des électromyogrammes. En fait on vous enfonce des aiguilles style acupuncture à des endroits bien précis. Cela n’est pas trop douloureux ; cela le devient un peu plus lorsque le courant est envoyé dans le nerf que l’aiguille à traversée. Ce courant stimule l’organe visé. Par exemple on introduit les aiguilles dans l’avant bras pour stimulé la main. L’intensité du courant est augmenté progressivement et la contraction sollicitée est retranscrite au travers d’une courbe informatique. La douleur gênante évolue en fonction de l’intensité du courant, mais cela reste supportable. Pour ma part j’ai vu ce spécialiste pour mon épaule droite et mon pied gauche pour lesquels il n’était pas très optimiste. Malgré tout je trouve que j’ai récupéré plus que prévu même si cela n’est pas parfait.

        01/12/04 Je me rends en ambulance à l’hôpital de Garches en région parisienne accompagné bien souvent de Clamades et d’Anthony mes sympathiques accompagnateurs. Le trajet durant à peu près deux heures je réalise quelques mots fléchés avec l’aide d’Antony. Nous parlons de tennis de chasse et ainsi le trajet paraît moins long.

        J’ai un nouveau chirurgien le docteur SORIAUX ; mes radios étant faites quelques heures avant il s’apercoit qu’une fiche est cassée dans le genou. Il envisage une nouvelle opération avec prise de greffe sur les crêtes iliaques. On me reprogramme deux rendez-vous, l’un pour l’anesthésiste le 28/01/05 et l’autre pour l’hospitalisation le 14/02/05. L’enlèvement du fixateur qui devait s’effectuer courant janvier est repoussé.

        Cette opération avec anesthésie générale sera la septième depuis mon accident. Après chaque réveil ma vue est trouble et je mets quelques jours pour récupérer une vision plus nette. Je me suis décidé au mois de septembre dernier (28/09/04) de consulter un ophtalmologiste. Il m’annonce que je suis presbyte et myope et que cela peut être du à différentes raisons. Le traumatisme crânien et l’âge peuvent être les facteurs de cette perte de vue. En définitive j’en suis quitte pour porter des verres progressifs.

        08/02/05 Le docteur SORIAUX me téléphone à mon domicile  pour m’informer que l’opération est reportée au 15/04/05 et que je dois monter sur Paris le lendemain pour me faire ôter le fixateur. Une des qualités de ce docteur entre autres c’est qu’il m’a communiqué son mail et j’ai pu ainsi lui poser toutes les questions que je désirais. Il les lisait et y répondait à son temps et de manière courtoise et explicite.

        09/02/05 Petit voyage en direction de L’hôpital, petite attente avant de rentrer dans le cabinet du docteur. Je m’installe gentiment sur la table et petit à petit trois ou quatre infirmières me tiennent compagnie, dont Noisette (c’est son prénom) qui est présente à chacune de mes consultations. C’est une gentille infirmière humaine, en un mot elle est à croquer. A l’origine il était prévu un soupçon de morphine mais cela ne s’est pas réalisé. Le chirurgien arrive sympathique et commence à ôter la première fiche du fixateur. Je commence gentiment par me cramponner à la table plus d’ailleurs par appréhension que par douleur. Une jeune infirmière me propose sa main (en tout bien tout honneur bien sûr) ; je crains malgré tout de lui faire mal. Sur les huit fiches au total les plus douloureuses sont celles situées en haut de la cuisse. En effet c’est la partie la plus charnue et la chair est la partie la plus sensible à traverser. J’ignore pourquoi mais le chirurgien a commencé par celle au-dessus du genou et petit à petit arrive vers les plus délicates. Il attaque la quatrième la plus difficile ; la fiche à moitié sortie il s’arrête voyant ma souffrance. Probablement fatigué aussi car cela à l’air physique il va s’asseoir. Je ne vois plus un docteur mais un homme et cela me rassure quelques part et me motive encore plus. Il me demande l’air éperdu que fait-on ? Je pense qu’il voulait me demander si on faisait une pose ou si on prévoyait une anesthésie. Je lui réponds qu’il faut en finir dès à présent et que cela va bien se passer. Il se relève et retire le reste de la demi-fiche. Les quatre autres étant dans la partie inférieure de ma jambe  sont un peu bruyantes (le bruit de l’os) mais quasiment insensibles. Je regrette de ne pas avoir pris mes mots fléchés pendant la dernière phase de l’opération (je plaisante…) . Au bout de ¾ d’heure une fois la dernière retirée ; le chirurgien et les infirmières m’honorent à ma grande surprise d’un beau cadeau. Ils se lèvent et non ils ne m’offrent pas le fixateur mais ils m’applaudissent ! J’avoue que cela m’a touché j’ai même eu,  je l’avoue l’impression d’avoir été courageux.

        Ceci étant fait on m’emmène voir les plâtriers au rez-de-chaussée afin d’avoir un plâtre de décharge. Je suis en présence de deux plâtriers dans une salle à l’équipement un peu particulier. Une barre suspendue fixée dans le plafond laisse pendre des poignées ainsi qu’une sangle pour supporter le visage. Un des plâtriers me maintien la jambe et l’autre m’aide à me lever du fauteuil afin d’attraper les poignées. Une fois en position verticale je glisse mon menton sur la sangle, et mon visage est ainsi maintenu. J’ai un peu l’impression d’être un cochon pendu par la tête avec en guise de jambe un jambon désossé. Car maintenant que ma jambe n’est plus maintenue ni par le fixateur ni par le plâtrier je sens bien qu’avec mon manque d’os si j’amorce le début d’un mouvement ma jambe va ressembler à une grosse liane prise par le vent. C’est donc nu comme un ver, et oui, et dans cette position (où es-tu carrière de séducteur ?) que je subis la séance de plâtrage. N’ayant plus rien à cacher aux plâtriers nous sympathisons quelque peu. Etant plâtré du bas de la cheville jusqu’à l’aine je repars habillé dans ma campagne beauceronne.

01/03/03        Dans le mois qui suit ma jambe se met à perdre du volume. Peut être est ce à cause de l’enlèvement du fixateur, toujours est-il que mon plâtre ne me maintient plus aussi bien qu’au début. Le docteur de mon centre de rééducation consulte le prothésiste Pascal qui me confectionne un galliper que moi je renommais galopeur. Je me souviens encore du jour ou il m’a fait rentrer dans une pièce du sous-sol des Coteaux. Je me serais cru dans un magasin de tissus ou de papier peint. IL y avait des rouleaux de différentes couleurs et de différents motifs. Tout comme un marchand il m’étale et me montre quelques-uns uns de ces modèles et me propose de choisir. Je trouve cela très sympathique et j’opte pour un coloris qui me semble assez tendance et qui est me dit Pascal très prisé. Sur un fond bleu pale viennent se fondre quelques taches jaunes, marrons et vertes d’un ton assez chaud. Cela me fait penser à des couleurs de surf, à des couleurs marines. Une fois mon look choisi le travail est assez long à réalisé. En effet le galliper est constitué de deux coques en résine en forme de demi-gouttières. Une demi-coque se placera sous la jambe et l’autre par-dessus.