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Ce qui au départ était utile est devenu outil de rigolade, car en effet l’un  d’entre nous descendait l’objet du délit(la télécommande) et changeait de chaîne dans la journée lorsque les consultants la regardait sans se montrer. Nous, spectateurs des téléspectateurs, observions discrètement l’incompréhension sur leurs visages et cela nous distrayait. La nuit ce hall devenait pour certains un endroit pour se reposer et se réchauffer. Je me souviens encore de cet homme SDF en fauteuil roulant et qui venait s’abriter toutes les nuits dans cet hôpital qui je pense fermait les yeux.

      Une autre rencontre mais celle-ci d’un autre monde nous à permis de nous évader l’espace de quelques heures. Je sortais de ma chambre pour aller prendre l’ascenseur. Je comptais profiter en allant dehors avec mes copains d’un rayon de soleil. A coté de l’ascenseur un local exigu ebergeait la radio de l’hôpital d’Amboise Paré la R.A.P. Non pas la radiologie mais la radio musicale. Bref, j’aperçus un homme de dos châtain clair avec les cheveux mi-long et fortement bouclé. Je me dis c’est fou comme sa coiffure ressemble à celle de Stéphane BERG. Sur cette impression mon ascenseur arrive et je descends faire bronzette non sans avoir raconté la petite anecdote à mes copains, incrédules bien sûr. Mais vous ne devinerez jamais qui je vois arriver ! Et oui c’était lui Stéphane BERG qui était interviewé par le radiologue, je veux dire la R.A.P.

        C’est à cette époque que ma grande sœur appelait l’hôpital saint Louis qui est la banque d’os. Elle se proposait de donner de ses os pour moi ; c’est y pas mignon ? Mais on lui refusa gentiment et leur réaction fut l’étonnement et une certaine inquiétude. Il expliquèrent très très calmement à ma sœur que cet acte était traumatisant et que de plus cela ne prendrait sûrement pas. Le plus efficace restant « l’autogreffe »

        02/08/04 Etant resté une quinzaine de jours à l’hôpital j’avais repris ma vie aux Coteaux. En ce deux août je retournais en consultation à Garches. Le docteur MARTIN chef de clinique humain et professionnel m’avait autorisé l’appui jambe droite à 50%. Ce qui signifiait que je devais soulager grâce à mes béquilles l’appui sur cette jambe. J’étais content de cette évolution et j’en ai profité pour reparler d’une prothèse de genou. Lors de ma première visite à Garches le docteur MARMORA m’avait annoncé une prothèse de genou dans les deux ans. Cela me permettrait de fléchir la jambe, non pas comme avant bien sur mais de manière à monter un escalier et s’asseoir normalement dans un fauteuil. Lors d’une deuxième consultation mais ce coup-ci avec le docteur MARTIN : prothèse mise en place pas avant cinq ans car trop jeune ; leur durée de vie étant en moyenne dix à quinze ans, suivant cas. D’autres part le staphylocoque étant latent il risque de redevenir actif. Et enfin dernier argument, mon quadriceps étant abîmé, il risque de ne plus être opérationnel ou faible.

 A la troisième consultation le même docteur m’annonce qu’on pourra tenter l’opération dans les deux ans à venir. Je sais que pour eux les décisions ne sont pas toujours faciles à prendre d’autant que les conséquences peuvent être importantes. Je repense au jour ou j’ai fait sourire malgré moi ce chirurgien ainsi que le professeur Judet. Il venait me rendre visite dans ma chambre et même que… le professeur m’a touché le pied ça crée des liens tout ça ! Peu importe ce qui les à fait sourire c’est mon livre de chevet, il s’agissait de : Jacques le fataliste.

                Août 2004, ma famille voulant que je les accompagne en vacances je me décidais à écrire à l’avocat. Il faut que je précise que j’avais contacté mon assurance moto (AMV) ou j’étais assuré en tout risque. Je leur ai annoncé que le tribunal me demandait de me présenter à leur convocation en précisant le montant des dégâts et préjudices subis. Me sentant incapable d’estimer ce montant je désirais solliciter l’avocat de mon assurance. AMV m’a répondu qu’il ne prenait pas d’avocat mais traitait à l’amiable. Surpris j’ai donc fait appel à un avocat dont les honoraires correspondaient au tarif de remboursement de l’assurance et dont la spécialisation correspondait. Cela n’a pas dû trop leur plaire car suite à cette démarche après leur avoir demandé des renseignements ils m’ont gentiment informé de m’adresser uniquement à mon avocat. Donc fort de cette information j’appelle ce dernier pour solliciter une aide financière, cela s’appelle une provision, afin de pouvoir louer un véhicule sept places. Recevant un accueil assez froid je suis désagréablement surpris et je raccroche sans avoir compris son refus. Et je décide de lui écrire la lettre que je joins les pages suivantes.

  N’obtenant pas de réponse je décidais d’appeler l’aide juridique, une jeune femme me répondit sans détour que les vacances n’étaient pas obligatoires…

        J’ai appris en fait que l’argent n’est débloqué qu’une fois le certificat de consolidation en main. Cette preuve de « guérison » vous permet d’aller voir un médecin expert.  Ce dernier, assisté du médecin de l’assurance adverse et éventuellement de votre avocat et d’un contre expert vous examine. Il faut au préalable avoir fourni votre dossier médical (radios, certificats, compte-rendu opératoire etc..) en autant d’exemplaires (hormis les radios bien sûr) qu’il y a d’intervenants. Tout cela étant fait on vous fait mettre en sous vêtement et commence alors le descriptif détaillé de vos cicatrices (une en forme d’étoile l’autre en rond ; tiens celle là elle est carrée !) cela vous donne l’impression d’être à la foire aux bestiaux. Après on passe éventuellement aux handicaps et on prend en considération tout ce que vous avez perdu dans l’accident. Par exemple si vous étiez président d’association, l’impact santé sur votre famille etc… Après avoir fait sortir le patient ils délibèrent et attribuent plusieurs notes (3 ou 4) atteignant au maximum 7/7. Pour info la première estimation : Les souffrances endurées ne seront pas inférieures à la cotation 5/7 ; le préjudice esthétique ne sera pas inférieur à 3/7 le préjudice d’agrément sera à déterminé plus tard ainsi que le préjudice professionnel. L’IPP c’est à dire l’handicap ne sera pas inférieur à 40%. Une fois ce bilan terminé une copie est envoyée à l’avocat qui lui détermine les pertes financières uniquement professionnelles. Une fois cela fait il y a jugement et paiement à la victime.

              J’ai eu la chance dans mon cas d’avoir affaire à un médecin expert humain qui a réalisé une pré-expertise non obligatoire. Cela m’a permis de toucher une provision qui m’a bien dépannée. Le côté paradoxal de cette visite est que c’est le médecin expert qui déclenche les provisions et c’est le seul également qui ne délivre pas de bon de transport. Dans mon cas étant obligé de prendre une ambulance pour y être allongé j’ai été obligé de payer 150 euros pour une trentaine de kilomètres.

        Septembre 2004 Ma période d’internat aux coteaux se termine et je vais passer en externe. Mon médecin des coteaux m’explique que plus l’internat est long plus le risque de désocialisation est grand. De plus cela me convient car même si je suis bien en interne je suis heureux de retrouver ma petite famille. Pour clore cette transition on organise une petite fête le soir dans la salle de loisir. Deux autres patients partent définitivement du centre de rééducation. Jean Pierre enseignant de métier nous a comme à l’accoutumée concocté un très beau discours. Généralement il créé un poème humoristique en l’honneur du patient. Après ce moment d’émotion on me remet quelques cadeaux que Nicole aide soignante au grand cœur s’est pris la peine d’aller acheter avec l’argent de la quête. Des cartes postales originales remplies de petits mots sympathiques viennent clore ces nombreuses offrandes.

        J’ai vraiment été gâté et je vais essayer de vous expliquer la signification des cadeaux humoristiques que j’ai eus. Pour commencer j’ai eu deux petites peluches adorables qui n’ont aucune signification si ce n’est affective ; mais qui sont devenus les « doudous » de mes enfants. J’ai eu ensuite un bonnet de bain blanc orné de fleurs au feutre indélébile. L’explication réside dans le délire que nous avions eu une nuit sur une baignade avec un bonnet de bain multicolore avec d’énormes fleurs. J’étais condamné non seulement à l’accepter mais à le mettre au détriment encore une fois de ma carrière de séducteur. Le cadeau suivant était un petit arc accompagné de flèches à ventouse. Il faut savoir qu’aux Coteaux existait une association handisport mais elle ne s’était pas développée. Un jour durant les soins Frédérique une infirmière me demande si je désire faire du sport au sein de cette association. Trop heureux je lui réponds que le tir à l’arc me plairait bien même si je n’en ai jamais fait. Quelques jours plus tard les nombreux acteurs enthousiastes de ce mouvement se mettent en quatre afin de me satisfaire. J’ai en main une belle carte handisport (la première des Coteaux) on me prête un bel arc tous neuf, on m’installe à même mon fauteuil dans une camionnette équipée et en route vers le stand de tir à l’arc de Beaugency. L’accueil était chaleureux et le cadre sympathique. Je n’avais qu’une crainte c’est que des vaches intrépides broutaient dans les champs voisins. Oh ! détrompez-vous je n’ai pas peur des vaches mais seulement armé d’un arc et surtout de flèches je craignais mon coté chasseur maladroit. Et comme je le disais à Ludo le kiné ne t’inquiètes pas l’éleveur saura qui a tué sa ou ses vaches puisque tu as marqué « les Coteaux » sur toutes les flèches. Bon je vous rassure il n’y a eu aucun blessé ; en tout cas qui ce soit plaint. Cette agréable séance pour laquelle Françoise la diététicienne ou la cantine m’avait préparé sandwich et boisson m’évadait une heure. Le personnel qui m’accompagnait prenait sur son temps privé en dehors des horaires de travail et j’appréciais beaucoup d’autant qu’il restait là à observer mes médiocres prestations et allait gentiment me rechercher les flèches après chaque volée. Mais ils étaient heureux quand…. les flèches étaient dans la cible ; Finalement je ne me souviens pas les avoir vu heureux ?

        Peu de temps après mon début de carrière Guillaume TELL un copain motard Eric m’a rejoint. Lui c’était un bon, c’est vrai qu’il avait déjà pratiqué le tir à l’arc mais quand même il avait une technique qui lui permettait un groupement(style mouchoir de poche)de sa dizaine de flèches dans la cible, j’en étais admiratif.

        En plus de ses qualités sportives il avait un super look. Il avait le crane rasé et des tatouages. Il avait également eu un accident de moto où il n’était pas en tort. Il se retrouvait amputé d’une jambe et comptait se faire peindre sa prothèse par un copain artiste. Le motif aurait été dans les couleurs sanguinolentes. Il détenait avant son accident une entreprise et bien sûr avait tout perdu avec ce drame. Il est incompréhensible que lorsque nous sommes victime d’un chauffard l’assurance adverse ne compense pas les pertes de salaire. Car de toute façon elles seront données après la consolidation. Il existe des cas ou des victimes ont été obligé de vendre leur maison et l’on peut imaginer des cas plus dramatiques encore. A propos des crédits maison ou autres d’ailleurs leurs assurances peuvent couvrir l’invalidité.  Attention cependant à déclarer l’accident le plus rapidement possible car il existe des délais maximums pour ce genre de déclaration. Je me souviens d’un patient qui avait reçu des coups de fusil et était condamné le reste de sa vie dans un fauteuil. Cet homme au bout de trois ans n’avait rien touché car son affaire passait en correctionnelle et cela est plus long que pour un accident de la route.

        Avec Eric à ma table à une époque mangeait également Laurent, agriculteur de son état, amputé également et sous chimiothérapie. Cet homme d’une cinquantaine d’année était d’une très grande gentillesse malgré des moments très difficiles.

        Un jour nous venions Laurent, Eric et moi de nous mettre à table. Attendu que ce sont des tables pour quatre personnes nous nous attendions à recevoir un nouveau convive. Arrive donc un homme grand, costaud l’air plutôt sympathique et ne montrant aucun handicap apparent. Il s’assoie, se présente et annonce qu’il est au centre pour un problème d’épaule. Il nous raconte ses problèmes et ses angoisses durant tout le repas sans  nous demander la raison de notre présence au centre. Très sincèrement nous ne le jugions pas et essayons tant bien que mal de lui remonter le moral. Nous devons probablement échouer dans notre tache car midi et soir à chaque repas se sont les mêmes litanies. Il était rare pour nos trois d’évoquer nos problèmes ; certainement par pudeur et respect des autres. Bien au contraire nous tentions de nous changer les idées. Pour en revenir à notre homme au bout d’une quinzaine de jour il put rentrer chez lui pour le week-end. Le lundi midi arrive et notre collègue nous rejoint à table et se plaint un peu de la fatigue de son dimanche. En effet le pauvre a passé le motoculteur pendant quelques heures ; mais a aucun moment il ne parle de son épaule. J’avoue que je suis choqué par cet homme debout sans fauteuil roulant, sans béquilles, sans canne avec tous ses membres se plaindre de cette manière devant mes deux copains. Je suis probablement méchant et je sais bien que le fait de savoir qu’il y ait pire que soi ne réconforte pas mais il  faut me semble-t-il un minimum de respect. Mais peut être n’ai-je pas vu le véritable handicap de cet homme ? A y réfléchir plus longuement son cœur devait être plus handicapé que son épaule.

        Pour vous finir l’histoire, nous avons eu la surprise d’arriver un jour et de le voir installé à une autre table. Il avait demandé à changer car il disait avoir peur de moi ? Je vous assure que j’ai toujours été agréable avec lui mais par contre la table qu’il avait choisie était uniquement féminine. C’est probablement plus agréable du moins au début puisqu’il a rejoué le même scénario plaintif. Et dès les premiers dialogues les patientes lui on fait comprendre la relativité de son handicap.

        En septembre 2004 j’effectuais une demande de visite médicale pour reconduire une voiture.. Je suis convoqué au centre administratif ; je surpris de voir que la salle d’attente ne peut contenir de fauteuil roulant. Heureusement pour moi je suis en béquille et je m’assois donc sur une chaise en laissant ma jambe raide empiété sur les ¾ de l’allée. Une personne me regarde d’un mauvais œil en enjambant ma jambe. J’ai l’impression qu’elle me dit : vous ne pouvez-pas la replier votre jambe, vous voyez bien qu’elle gêne non ? …. Sur ceux on m’appelle et je rentre une petite pièce ou je dois me mettre en sous-vêtement. Un médecin me convie dans un cabinet et me questionne sur les médicaments que je prends. Pour ma part je lui demande sur quel type de véhicule aménagé je dois conduire dorénavant. D’après mes informations c’était ce médecin qui devait me préciser si ma future voiture serait avec commande au volant, accélérateur à gauche ou autres. Ce docteur me répond poliment que les gens de l’auto école que je contacterais m’informeront. Sur cette réponse qui me surprend il me passe à un de ses collègues situé dans la même pièce pour la toise et la pesée. Je rejoins la salle d’attente et j’attends patiemment mon certificat d’aptitude à la conduite. Quelques instants après la secrétaire m’appelle, me donne mon document et me communique l’adresse de la seule auto école équipée du département.