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10/10/03         Toujours par une belle journée chaude et ensoleillé je me rendais en salle de travail ou m’attendais ma gentille kiné Aude. Elle m’avait présenté quelques jours avant un nouveau stagiaire kiné qui se prénommait René. Ce jeune homme dans les 1m80 avait un physique de garde du corps probablement cela était dû à son très bon niveau en judo, cela pour dire que l’expression «faire de l’ombre à quelqu’un » lui allait comme un parasol je veux dire comme un gant. Le personnage étant décrit celui- ci m’emmène travailler dans les barres. Les barres sont tout simplement deux tiges en bois parallèles de plusieurs mètres de long, situées à hauteur d’une rampe et réglables en hauteur. Elles permettent de s’appuyer afin de pouvoir marcher. J’entame donc mon défilé souvent pratiqué sous l’œil vigilant et un peu novice de René mais rapidement je ressens une sensation désagréable au niveau de mon fixateur externe. Ce sont de grandes tiges métalliques reliées à  la jambe par des fiches. Ces dernières traversent la peau et l’os afin de maintenir l’ensemble ; un peu comme si un tuteur à tomate maintenait la tige non pas avec une ficelle mais avec des pointes la traversant. Je précise que l’analogie s’arrête là car mais faut-il le préciser, la tomate ne marche pas elle. Donc il me semblait que ma jambe se balançait comme un chapelet d’andouillette ; j’observais attentivement mon fixateur et remarquais que j’avais perdu un boulon (d’où l’expression) ; l’ensemble ne tenait plus rien et ma jambe comme un jambon désossé ainsi que son tuteur se balançait au gré de mes enjambés. Je me permis de le signaler à René ; sa première réaction d’incrédule lui fit me demander de ne pas plaisanter avec ses choses là. Je vous avoue que j’aurais préféré faire de l’humour mais il n’en était rien ; René prit rapidement après constatation l’événement au sérieux et……il appela les secours. En l’espace d’un instant j’euS l’impression d’être la reine des abeilles car tous les kinés étaient agglutinés autour de moi ; on me fit asseoir très délicatement en me maintenant ma jambe de manière quasi-religieuse. On me questionna très gentiment sur mes douleurs et mon état général. Ne souffrant de rien on m’isola dans une salle voisine et Ludo fabriqua rapidement une judicieuse attèle de fortune. On aurait dit "Mike GIVER». Le docteur des Coteaux appela immédiatement les urgences de l’hôpital de Blois ou je fus amené quelques temps plus tard.

10/10/03        Les urgences de l’hôpital étaient comme à l’accoutumée bondées. Je fus surpris cependant de n’attendre qu’une petite heure. Malgré tout aucun box n’étant disponible l’interne après avoir été chercher une clé plate de dix (y faut ce qui faut ! pas vrai ?) s’évertua à la vue de tout le monde à jouer avec mon mécano. Après quelques minutes d’un combat impitoyable mon fixateur était de nouveau opérationnel et je pus ainsi regagner mon centre de rééducation.             Durant le mois novembre j’étais occupé à regarder la télé  dans ma chambre aux Coteaux. Soudain j’entends tambouriner à la porte de ma chambre. C’est un collègue de travail Richard qui vient me rendre visite et cela me fait plaisir. On commence à discuter une petite minute et on refrappe à nouveau à la porte et encore une fois il s’agit d’un collègue. Une minute après cela recommence et ainsi de suite jusqu’à me retrouver dans ma petite chambre en présence d’une dizaine collègue. Ils m’avaient préparé cette surprise pour mon anniversaire. Je crois que c’est le plus bel anniversaire que j’ai passé et mon émotion était grande. Ils m’ont comblé de cadeaux et de gâteaux et plus grand encore de leur soutien affectif. Le coté sympathique de cette surprise fut l’étonnement amusé du personnel médical qui observait dans le couloir un alignement d’une dizaine de personne rentrer une à une dans ma chambre.                                         

29/11/03        Un mois après cet événement un parent d’élève ayant eu un accident de moto un peu avant le mien vient me rendre visite à mon domicile. Accompagné de son épouse et de ses deux filles nous décidons de boire un petit apéritif. Je n’avais pas encore entamé les cacahuètes que je ressentis une pression au niveau de la poitrine. Ma respiration devenait de plus en plus difficile et je me sentais de plus en plus oppressé. Il fut un temps ou nous aurions pu appeler le médecin de famille ou du moins de garde mais dorénavant il faut faire le 14. Je demande devant mes convives, à mon épouse d’appeler le SAMU. Après un diagnostic téléphonique des symptômes, les pompiers et le SAMU arrivent rapidement à mon domicile. Le médecin du SAMU  après l’électrocardiogramme rassure ma famille et mes invités qui eux s’éclipsent rapidement.

        Sur ceux les pompiers m’emmènent aux urgences de l’hôpital de Blois où je reste en observation quelques heures. Ce n’était en fait une crise d’angoisse une petite déprime en quelques sortes. Comme traitement on me prescrit un psychologue à prendre une fois par semaine et un médicament contre l’angoisse à prendre une fois ou deux par jour.

En rééducation je pratiquais le bio fade back; un programme d’ordinateur via des électrodes posées sur la partie basse de ma jambe me demandait une tension régulière des muscles. Je devais ainsi durant un laps de temps comprimer ou tendre ces muscles de façon à suivre une courbe en forme de plateau ; cet exercice dans sa totalité durait à peu près une demi-heure. Cela n’était pas trop pénible le seul petit désagrément est que l’ordinateur servait de chaîne HIFI pour toute la salle. Il faut que je vous dise que la rééducation se déroulait dans une salle commune ou travaillait une vingtaine de personnes patients et kinés compris. Donc il fallait la mettre suffisamment fort afin que tout le monde l’entende ; un jour un kiné Ludo, avait emmené le CD de CORNEILLE : « Je suis seul au monde » ; et cette chanson jolie par ailleurs a eu le mauvais goût de passer en boucle. Lorsque l’on connaît l’historique de l’artiste et de sa chanson on peut avoir envie de changer un peu de thème non ? Systématiquement Aude qui venait régulièrement me voir baissait le son qui devait probablement être remonté un peu plus tard par un autre kiné ; cela en devenait presque un jeu qui amusait les patients.

10/12/03   Deux mois après cette intervention, ma jambe avait progressivement gonflé et avait pris une couleur peu catholique. Très honnêtement je ne me suis aperçu de rien l’évolution avait été lente et je ne regardais pas trop ma jambe. Les infirmières qui me prodiguaient les soins tous les deux jours étaient vigilantes et ce sont elleS qui appelèrent le docteur Anne Christine B.  Celle-ci décida de m’envoyer en consultation à l’hôpital de Garches  où je commençais à être suivi depuis le 24/10/03.

        J’ai su quelques temps après que les Coteaux pensaient que je reviendrais de l’hôpital amputé vu l’état de ma jambe. Ma sœur aînée qui venant de Saint Paul les trois Châteaux me rendre visite avait la même sensation. Personnellement je n’avais aucune inquiétude et je fus vraiment désagréablement surpris lorsque le chirurgien m’annonça qu’il me gardait. J’étais persuadé de retourner aux coteaux le jour même pour faire mon tarot, on a un métier tout de même !

        Adieu donc tarot et allez-donc pour un grattage interne du genou pour nettoyage, la mise en place de vis en forme de croix afin de le bloquer et mise sous morphine et antibiotiques.                                                     

24/12/03        Je me souviendrais encore longtemps de cette soirée de Noël passée à Garches. Le succulent  repas de fête venait d’être servi vers 18h30 et je regardais la télé.  Une animation particulière m’intrigua ; et j’entendais et entrevoyais dans le couloir un groupe de personnes composé d’enfants aux visages angéliques et d’adultes aux visages nobles et recueillis entonner des chants de Noël. J’avoue que jusque là moralement ça allait, un peu peut être, grâce à la télévision. Mais quand j’ai entendu ces chants et que j’ai pensé qu’après mon voisin cette chorale m’honorerait de sa visite, j’ai eu peur de craquer. Heureusement le téléphone m’a joué une autre mélodie et c’était ma grande sœur qui en était l’auteur ; merci Sœur Aude (elle a même le prénom que ma kiné je  suis encerclé !). A cet instant je me croyais sauvé de tant de bon sentiment mais ces gens de cœur ont quand même frappé doucement à ma porte, sont rentrés, m’on vu au téléphone, m’ont souhaité un bon Noël (je me suis dis c’est bon je n’ai pas craqué – je suis un homme un dur) et c’est alors et oui….que deux petits enfants ressemblants à des anges ou le contraire je ne sais plus m’ont offert 3 cadeaux de Noël….Seigneur tu es revenu ? …. J’ai pu me ressourcer moralement en fêtant la saint Sylvestre avec ma famille.

        Après ces fêtes de fin d’année l’angoisse régnait sur les Coteaux. Un patient s’amusait à frapper aux portes des patientes et à leur dire des mots doux. Les pauvres femmes commençaient à s’angoisser d’autant qu’elles ne connaissaient pas l’identité du « satyre » C’est dans ce climat « Hitchcoockien » que je reçus un appel téléphonique des plus étrange…. Une vieille dame probablement, me demandait si je connaissais une patiente blonde âgée d’une soixantaine d’année. Elle prétextait avoir dû mal noté son n° de téléphone. Cela paraissait vraisemblable d’autant que sa description correspondait bizarrement à celle de ma voisine. Je l’informais de cette similitude et lui proposais gentiment d’aller la chercher ou de prendre son numéro de téléphone. Après que mon interlocutrice ait accepté je pose le combiné sans le raccrocher. Je tente de manœuvrer rapidement dans ma chambre étroite pour en sortir. Cela fait je me mets à frapper à la chambre de ma voisine, celle-ci ne répondant pas je l’appelle poliment au travers de sa porte. Et je ne sais pourquoi à ce moment là je commence à penser au satyre. Sur ce mon autre voisine accompagnée d’une autre pensionnaire sort de sa chambre. Interloquée elle me demande d’une façon culpabilisante ce que je fais là. Un peu gêné je lui explique simplement l’histoire et elle me répond un peu froidement que ce ne peut être-t-elle. Je cesse de développer ma théorie et je m’enfuie dans ma chambre. Je reprends le combiné et je m’aperçois que la vieille dame a raccroché ! Je raccroche également et de suite le téléphone ressonne. Au bout du fil une voix que je connais me déclare qu’elle a raccroche car cela coûte cher. Je lui annonce les résultats de mon enquête de voisinage et elle me répond de manière quelques peu étrange. Etonné par sa réponse je lui demande si ce n’est pas une blague ? Et là à ma grande surprise la voix mue de manière virile et méridionale. «  Et bonjoure » dit la voix « c’est ton tonton Alain de Carcassonne ». Je vous dis qu’il  a eu de la chance d’habiter aussi loin mon tonton blagueur car je n’avais pas envie de passer de séducteur à satyre.

        02/02/04 Ma jambe droite étant plus courte de quatre centimètres que ma jambe gauche je partais à Garches pour la rallonger un peu.  Grâce à mon fixateur et ma perte d’os fémorale on pouvait agrandir à loisir ma jambe. J’avais toujours souhaité mesurer 1m85 et comptais bien ressorti grandi de cette affaire. Mais bien sur ce ne fut pas possible et je restais petit dahu.

        08/04/04 Après une artériographie réalisée deux jours avant ils me prirent une lamelle de 10cm de long sur le péroné jambe gauche ainsi que des morceaux sur les crêtes iliaques et me les gréférent à la place du fémur manquant. L’opération quant à elle s’est bien déroulée.

        La suite fut un peu plus rocambolesque. La jambe gauche ayant probablement été plâtrée trop tôt celle-ci gonfla sous le plâtre. La nuit fut douloureuse car cela me serrait beaucoup ; je demandais à ce que l’on me retire cet étau mais ils n’avaient pas l’appareil à découpé le plâtre à leur disposition. J’essayais moi-même avec un coupe-ongles de me dégager de cette emprise tellement la douleur était intense. Je fus libéré le lendemain mais les conséquences de cet œdème post-opératoire sous plâtre ne furent pas sans nuisances. Le pied était gonflé mais le plus gênant c’est qu’encore aujourd’hui les nerfs de mon pied gauche ayant été atteint mon gros doigt de pied commence à peine deux ans après, à bouger. Vous me direz quel est l’intérêt de pouvoir lever son doigt de pied ? Je pensais la même chose jusqu’au jour ou en béquille et pied nu je marchais. N’ayant qu’une jambe d’appui celle de gauche et mes doigts de pied tombant ils ont buté dans l’encadrement d’une porte-fenêtre. Je me suis alors transformé en cascadeur malgré moi.

        Non satisfait probablement de ce problème une jeune infirmière inexpérimentée m’a injecté de l’héparine (anticoagulant) en trop grande quantité. Comme j’avais sur la jambe droite un pansement compressif les pertes de sang dues aux plaies ne se voyaient pas trop. Toujours est-il que mon taux d’hémoglobine est descendu à trois ; théoriquement à partir et en dessous de cinq on est gravement mort ; la moyenne pour les hommes étant de quatorze. Lorsqu’ils se sont aperçus de cette anomalie ils m’ont transfusé de cinq poches de sang. A ce moment je n’étais pas du tout conscient du problème ; j’étais même bien comme sur un petit nuage. J’ai seulement commencé à réaliser qu’il se passait quelques choses quand une interne m’a annoncé très gentiment : « maintenant ils vont être très gentils avec vous » J’avoue que je ne comprenais pas ; d’autant que tout le monde était déjà gentil. J’appris le fin mot de l’histoire par un patient Christian en attente de prothèse et qui pour la petite histoire revenait d’Afrique d’où il s’était établit. Mais les moyens médicaux n’étant pas les mêmes il était revenu en France. Toujours est-il que cet homme venait me visiter tous les jours dans ma chambre et surtout il était médecin en retraite. Du coup il avait suivi je ne sais comment toute mon histoire et m’informait au jour le jour. Il m’avait même annoncé que la jeune infirmière qui avait fait l’erreur avait pleuré en sa présence. Je n’ai aucune rancune vis à vis de cet événement car personne n’est à l’abri d’une erreur ; et probablement, ça ne devait pas être mon heure.

        J’ai passé dans cet hôpital un bon séjour car le personnel médical était très gentil avec moi et de plus comme au bout d’une semaine je pouvais effectuer les transferts seul je me baladais beaucoup. Pendant la semaine ou j’étais alité mon copain Christian venait me rendre visite et comme il était cultivé les sujets ne manquaient pas. Un autre patient d’un tout autre genre venait également me rendre visite. Il était originaire d’Avignon et avait des expressions méridionales qui me faisait rire. Comme : "figure de poulpe" C’était un personnage haut en couleurs, attachant avec sa gouaille et son accent. Il avait un vécu quelques peu rocambolesque. Il avait divorcé, deux enfants et avait fait de la prison. Il partait régulièrement en Afrique du Nord avec un copain en moto. Ils s’y rendaient pour acheter de la drogue pour sa consommation personnelle ; jusqu’au jour ou de consommateurs ils sont passés trafiquants et se sont fait arrêter. Ce patient m’a tout de même fait une petite frayeur car lorsqu’il venait me visiter il était atteint d’un staphylocoque blanc. Et me semble-t-il l’infirmière m’avait mise en garde contre un risque de contagion. J’étais bien embêté pour lui demander de cesser ces visites ; aussi je lui dis qu’ayant moi-même un staphylocoque doré il risquait gros à venir me voir. Mais bien sur il s’est renseigné ; et il est revenu plus souvent encore. Mais je ne le regrette pas et j’ai passé malgré le risque potentiel de bons moments avec lui.

        Les nuits nous les passions à discuter dans le hall de l’hôpital. Il y avait une télé ce qui nous permettait de la regarder ensemble. Cette télé restait allumé toute la journée et occupait les consultants durant leur attente. Nous qui étions en fauteuil ils nous étaient impossibles de changer de chaînes ou autres. Mais nous avions trouvé que la télécommande des téléviseurs de nos chambres (pour ceux qui en avaient une – de télé) fonctionnait sur celle du hall.