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Mon prothésiste de Beaugency s’est déplacé sur Paris pour assisté et conseillé le chirurgien pour le niveau d’amputation. J’avoue qu’il doit falloir un courage pour assister à ce genre d’opération, même si il est pompier je pense qu’il faut avoir le cœur bien accroché. Je n’est pas eu l’occasion de le remercier du moins ce jour là, puisqu’il est rentré alors que je dormais encore.
16/01/07 Je retourne au centre de rééducation à Beaugency je change de médecin à regret car elle ne gère pas ce genre d’handicap.
18/01/07 Les douleurs du membre fantôme sont très intenses, on modifie mon traitement ; laroxyl 5 gouttes le matin et 10 le soir ; rivotril 8 le matin et le midi et 20 le soir, tout cela arrosé de 2 diantalvic. Malgré tout une douleur intense au niveau du pied droit (amputé) apparaît le matin au réveil durant ½ heure. A propos du membre fantôme un jour une personne m’a fait sourire en me demandant, si je croyais au membre fantôme.
14/02/07 J’effectue mes premier pas avec une prothèse fémorale puisque je suis amputé au dessus du genou.
31/05/07 Je me débrouille moyennement avec ma prothèse, c'est-à-dire que je ne tombe pas. On me fait essayer une prothèse à genou électronique de marque CELEG durant une quinzaine de jours. Cette prothèse a la particularité d’être programmée via un logiciel informatique en fonction du poids de la puissance d’appui et d’autres facteurs spécifiques au patient. Tout les soirs il faut la brancher afin de la recharger. Une patiente qui avait oublié de le faire m’avait raconté que sa patte le lendemain n’en faisait qu’a sa « tête » et agissait n’importe comment. Je n’ai pas pu m’empêcher d’imaginer une patte très folle et marchant, courant malgré la patiente.
L’essai de cette prothèse un peu court fut me semble-t-il concluant.
04/06/07 Je continuais environ tous les 15 jours à consulter mon psychiatre, le but de cette thérapie était initialement de m’aider à gérer mon amputation. Cela fut sûrement efficace car j’ai assez bien supporté cette épreuve, de plus je trouvais que mon psychiatre, à mon contact allait de mieux en mieux.
04/07/07 Ayant mal souvent au bas du dos, probablement à cause de ma démarche je consulte une podologue qui m’adapte une semelle orthopédique. J’avais souvent demandé à mon prothésiste de me raccourcir la patte, à mon coiffeur aussi d’ailleurs, mais sans obtenir gain de cause.
30/08/07 Je consulte un ophtalmologiste car ma vue se trouble de manière conséquente et régulière. Il me prescrit des verres progressifs. Je lui demande si il m’est possible de mettre des lentilles ; il me répond qu’étant donné mon cumul de trouble de la vision cela m’est impossible. Cela m’a fait sourire car il m’a annoncé que j’étais myope, astigmate et hypermétrope et cela s’ajoutant à tout le reste j’avais l’impression de cumuler un tant soit peu.
03/09/07 Enfin je reprend le travail à mi-temps après 6 années.
01/10/07 Je décide pour reprendre une activité sportive de m’acheter un rameur, cela convient bien à ma mobilité diminuée et de plus cela est réputé pour être un sport complet. Mais le mouvement de va et vient avant arrière me provoque une irritation au niveau de l’aîne qui se transforme rapidement en kyste, avant d’avoir arrêté cette activité.
02/11/07 Mon kyste a continuer de gonfler et à présent je ne peux plus ni marcher ni mettre ma prothèse. Ma reprise du travail n’aura pas duré bien longtemps car je suis en arrêt de travail. Le médecin a tenter de faire resorber ce kyste par des traitements de plus en plus costauds mais sans succès.
06/11/07 Il m’envoie consulter à la polyclinique. J’y allais l’esprit tranquille en pensant à une anesthésie locale et un retour chez moi le soir même. Mais que nenni,  le chirurgien au vue de la grosseur du kyste de la taille d’un œuf me propose de m’opérer dans l’après midi sous anesthésie générale et m’invite à rester une semaine. Je lui explique mes antécédents et mes longs séjours en milieu hospitalier, et lui exprime un peu ma saturation. Il me répond qu’il ne m’opérera pas ormis ces conditions.
09/11/07 C’est le jour de mon anniversaire et le chirurgien venant me rendre visite dans ma chambre  je lui demande prétextant ce jour exceptionnel si je peux sortir.
Il me répond de manière un peu bourrue : si il y a un quelconque problème infectieux, vous vous débrouillerez ! Et puis se radoucissant, il reprend, non vous viendrez me consulter. C’était un chirurgien très compètent, un peu bourru mais très humain.
20/11/08 Après une nouvelle période d’arrêt de travail je reprend à mi-temps thérapeutique.
12/12/07 Mon moignon ayant changé de forme suit au kyste je dois changer de prothèse.
11/01/08 Je retourne à la polyclinique voir le même chirurgien qui a bien voulu accepté de m’enlever mon cathéter qui en fait n’a jamais servi. Cela se pratique sous anesthésie locale et cela semble difficile à enlever. L’ayant depuis environ deux ans les chairs se referment sur lui et le chirurgien semble peiner, à un point que durant l’opération je me demande s’il va y parvenir. Le cathéter est placé au dessus du pectoral.
01/03/08Je suis sans prothèse à la maison et donc en béquille et je glisse. Je tombe sur le moignon et je suis au bord de l’évanouissement.
01/04/08 Courant avril après avoir consulté mon médecin je vais passer une échographie du moignon. Le chirurgien me regarde et me déclare : « Vous n’êtes pas sentimental ! » Le diagnostic est le suivant j’ai une poche d’eau de plusieurs centimètres cube en partie du moignon. Cela peut se résorber seul ou on peut le faire enlever par ponction, j’ai décidé de le garder par crainte non pas de l’intervention mais par crainte que mon moignon change de forme et m’oblige à nouveau à changer de prothèse.  


Docteur ;
Je me permets de vous écrire pour faire le point sur ma situation. Mes possibilités de dialogue me semblent limitées du fait que votre temps me semble compté et de plus, il m'est certainement plus facile d'organiser mes idées par écrit afin de ne rien oublier.

Je pense que vous faites le maximum pour mon cas ; le problème est, que je suis moi-même au maximum pour encore supporter longtemps d'autres interventions – surtout de longues hospitalisations (> 1 semaine).
Certaines personnes me diront ou penseront qu'il y a pire que moi, c'est tout à fait vrai. Je pensais au début de mon accident qu'il était quelque peu malsain de s'appuyer sur le malheur des autres pour se réconforter, aujourd'hui cela me déprime encore plus de voir ou de penser à ces personnes.
Bref, dans mon cas j'ai deux possibilités – deux choix aussi peu réjouissant l'un que l'autre. Le premier au cas où la consolidation ne prendrait pas, on me placerait une barre en fer. Dans l'autre cas, j'ai la possibilité de me faire amputer. Si la consolidation est positive, j'ai la sensation que vous envisagez de ne plus faire l'allongement car vous craignez la cassure du cal osseux. Je ne me vois pas avec une jambe raide et plus courte de 13 cm et donc une chaussure orthopédique, je ne m'imagine pas amputé non plus. L'espoir d'une prothèse de genou que vous avez mis en moi dès ma première consultation dans votre hôpital est toujours présent. Une barre en fer reliant mes deux parties de fémur ajoutée à cette prothèse me permettrait une flexion même faible et me contenterait, quitte à porter une prothèse extérieure (je ne me souviens plus du terme arthrodèse peut-être ? ...) en cas de faiblesse de mon genou. En ce qui concerne le staphylocoque, il a jusqu'à présent été dominé.
Je ne sais comment exprimer mon mal être sans avoir l'impression de vous faire perdre votre temps et sans avoir la sensation de me plaindre. Je ne reste que par intérêt financier pour ma famille ; mais au mois de juillet je passe à mi-salaire, car cela fera 3 ans que mon accident a eu lieu. Je suis victime d'une infirmière qui n'a pas respecté une signalisation, maintenant je me vois victime de choix peu sympathique entre ma jambe raide à vie ou une amputation. En clair j'aimerai savoir s'il est encore envisageable d'espérer une prothèse de genoux (quitte à vous signer une décharge) ou si risquant de ne pas supporter ma jambe raide vous pouvez m'aider dans la décision de me faire amputer. Sans être prétentieux et juste pour vous situer ma vie passée et peut être l'état d'esprit dans lequel je me trouve ; j'étais classé en tennis, golf, ski et j'étais professeur de karaté.
Il faut que je vous précise qu'en dehors des médecins et chirurgiens ( ce serait probablement un constat d'échec) le reste du milieu médical estime que cela a assez duré et pensant que cela serait un soulagement, me suggère d'envisager l'amputation. C'est courageux de leur part et je sais qu'ils le font par compassion. J'en profite pour remercier tout le personnel médical de Garches et particulièrement l'équipe du professeur JUDET pour leur gentillesse et leur professionnalisme, hormis une personne dont je tairais le nom puisqu'il ne s'est pas présenté. Cet homme m'a annoncé qu'il n'avait rien à foutre de mon moral (sic) et que son but était de me sauver la jambe alors que je ne m'étais jamais plains auprès de lui. Il est vrai ceci dit qu'il m'est arrivé de craquer et malencontreusement qu'une infirmière s'en aperçoive et je m'en excuse s'il le faut. En tout cas, cela n'est pas trop diplomate, surtout que quelques mois avant à l'hôpital d'Amboise Paré, suite à une erreur, j'ai eu un surdosage d'héparine mon taux était descendu à environ 3 ! ... De plus j'ai eu un œdème post opératoire sous le plâtre de ma jambe valide, du coup je ne peux plus relever certains doigt de pied ; je n'en ai jamais profité ni en agressions verbales ni en plaintes d'autant plus que ces éléments ne m'ont pas été divulgués de suite, c'est un patient médecin en retraite qui me les a appris. Ceci étant clarifié je n'ai pas de rancune sur cet événement car personne n'est à l'abri d'une erreur et l'équipe médicale d'Amboise Paré est très bien. Bref il faut, de plus se mettre à la place du patient affaiblit et alité lorsqu'une dizaine de personnes rentre dans votre chambre, éteigne parfois votre télé, ne converse qu'entre elles, ne vous regarde pratiquement pas en fait semble ignorer le peu de dignité qui subsiste en vous et semble ne s'intéresser qu'à votre pathologie. Vous n'êtes plus à ce moment qu'une grosse « patte au logis de Garches » et enfin lorsque la noblesse médicale est sortie de la chambre votre pansement est défait et votre neurone est saturé de termes techniques à méditer. Et comme je le précisais un peu plus haut si en plus on vous sort des réflexions teintées d'humour noir on a envie de poser des RTT. J'exagère quelques peu mais il est vrai que nous ne sommes pas au mieux de notre forme physique et psychologique et qu'entre profiter de cette situation et l'apitoiement il est possible peut être de trouver un compromis.
J'ignore Docteur si vous êtes arrivé jusqu'à cette ligne, en tout cas cette lettre ne se veut pas être un règlement de compte d'autant que même si j'ai craqué quelques fois à l'hôpital je crois savoir être noté patient agréable ; ce courrier est sûrement plus une mise au point, certainement un compte rendu et pourquoi pas une thérapie en tout cas cela me fait un peu de bien surtout si vous m'y répondez sans langue de bois.
J'en profite pour vous dire qu'il est désagréable pour un patient « longue durée » de changer de chirurgien tous les 6 mois (Docteurs Marmora, Martin, Soriaux vous-même et maintenant un autre apparemment ? ..) J'en profite pour les saluer respectueusement.
Bon voilà je vous présente mes excuses pour mon style de lettre décousu et pour avoir quelque peu craché mon venin mais j'espère que vous comprendrez mieux mon état d'esprit donc mes attentes et qu'ainsi j'aurais mes réponses.
Bien à vous respectueusement H.BOUTET

PS : Je n'ai pas eu l'information pour continuer la compression de mon fémur. Que dois-je faire ? (si oui nombre de mm/jour)
Et pour clarifier tout cela, je reformule mes interrogations et mes souhaits :
Souhait : Je voudrais une solution définitive qui me laisse une possibilité d'avoir une prothèse de genou.
1ere question : L'allongement de mon fémur est-il toujours envisageable et le ferez-vous ?
Souhait : je ne désire pas l'allongement de mon tibia car je me retrouverais avec des genoux à différentes hauteurs et cela exclut une prothèse de genou.
2eme question : Que cet allongement fonctionne où non, est-il possible de mettre une barre en fer qui permette la mise en place ultérieure d'une prothèse de genou ? .
3eme question : Seriez-vous prêt à me mettre cette prothèse de genou dans 1 an ?
Souhait : Je n'envisage pas ma vie future avec une jambe raide car je ne pourrais pratiquement plus rien faire (sport, marche, transport en commun, difficultés voiture etc....) . L'amputation quant à elle me permettrait de réaliser ces activités mais elle est irréversible et le risque du membre fantôme est présent. Aussi il m'est très difficile de prendre cette décision. Je crains de regretter toute ma vie le non-essai d'une prothèse de genou. D'un autre côté si on tente la prothèse et que le staphylocoque n'est pas vaincu je risque l'amputation au niveau de la hanche (si j'ai bien compris ?) et j'ignore si ce type de prothèse me permettra de fléchir la jambe ? Question.
S'il vous plaît Docteur aidez moi en répondant à mes questions et en prenant la meilleure décision rapide et définitive qui soit ; merci d'avance H.BOUTET

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